Le chien de 6 000 ans pourtant toujours « vivant »

Imaginez un chien ayant vécu il y a 6 000 ans, dont les cellules continuent d’exister et de se développer aujourd’hui, traversant les âges et les générations. Une véritable énigme biologique, qui semble défier les lois de la nature. Pourtant, c’est exactement ce qu’est le CTVT, pour Canine Transmissible Venereal Tumor (ou Tumeur Vénérienne Transmissible Canine en français). Ce « cancer vivant » a intrigué et fasciné les scientifiques, au point de devenir un sujet d’étude clé dans la recherche biologique.

Ce que l’on sait aujourd’hui : un cancer immortel

Contrairement aux cancers habituels, le CTVT ne se limite pas à un individu. Il s’agit d’une lignée cellulaire unique, issue d’un chien ayant vécu il y a environ 6 000 à 11 000 ans, et qui continue de se propager en tant qu’organisme « parasite ». Lorsqu’un chien est infecté, il ne développe pas un cancer « propre », mais reçoit une sorte de greffe de cellules tumorales provenant de ce premier chien ancestral.

Ces cellules se transmettent lors de l’accouplement, mais également par des contacts physiques, comme le léchage ou les morsures sur les muqueuses. Cette transmission, qui rappelle la propagation d’une maladie infectieuse, a permis au CTVT de persister à travers les millénaires.

Un génome qui raconte une histoire

Les cellules tumorales du CTVT portent encore le génome complet de leur « patient zéro », ce chien ancestral. Ce génome contient toutes les informations nécessaires pour former un museau, des dents, des pattes et tous les attributs physiques d’un chien. Pourtant, ces cellules n’en ont que faire. Elles ont trouvé un moyen de contourner ces fonctions en se focalisant sur un biais de survie bien plus efficace : se propager directement d’un hôte à un autre, en utilisant le corps des chiens vivants comme support.

Une chronologie scientifique remarquable 

Les origines et le fonctionnement de ce cancer transmissible ont été explorés dans plusieurs publications clés :

  • En 2006, une étude majeure publiée dans la revue Cell a révélé que le CTVT avait une origine clonale unique. Les chercheurs ont retracé cette tumeur à un patient zéro, un chien ayant vécu il y a des millénaires, sans aucun partenaire cellulaire pour l’aider à survivre.

  • Depuis, d’autres recherches, notamment publiées dans Nature, ont approfondi la génétique et l’évolution du CTVT, montrant comment cette tumeur a accumulé des mutations tout en restant viable et transmissible.

Le cas du CTVT est d’autant plus intrigant qu’il s’agit d’un cancer transmissible ayant une origine unique, contrairement à un autre exemple célèbre, celui du DFTD (Devil Facial Tumor Disease) chez les diables de Tasmanie. Ce dernier, bien qu’aussi transmissible, présente plusieurs lignées distinctes, tandis que le CTVT est le descendant d’une seule lignée immortelle.

Pourquoi le CTVT a-t-il survécu ?

La persistance du CTVT pose des questions fascinantes sur l’évolution et la survie. Les cellules tumorales de ce « chien immortel » ont réussi à contourner les systèmes immunitaires de leurs hôtes, tout en s’adaptant à des environnements variés. Ce phénomène est un exemple de l’incroyable résilience des systèmes biologiques.

D’un point de vue évolutif, il est intéressant de noter que les organismes unicellulaires, comme les cellules du CTVT, ont souvent un avantage en termes de survie. Libérées des contraintes d’un organisme complexe, elles peuvent se concentrer uniquement sur leur propre prolifération. Cela explique pourquoi les bactéries, les levures, ou encore des cellules comme celles du CTVT, survivent souvent mieux que les organismes multicellulaires.

Un message pour l’étude du vivant

Étudier des cas comme le CTVT nous apprend non seulement sur l’origine des cancers, mais aussi sur les stratégies de survie dans la nature. Ces cellules immortelles nous rappellent qu’il existe d’innombrables façons de persister dans le monde vivant, parfois en défiant ce que nous pensions possible.

En fin de compte, ce cancer transmet un message fascinant : la survie n’est pas nécessairement synonyme de complexité. Parfois, simplifier, comme l’ont fait les cellules du CTVT, est la stratégie la plus efficace.

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